Louis Largillier

Interview de Geoffrey Montfort

Aujourd’hui, j’ai l’occasion de vous présenter une nouvelle interview de collectionneur. Je tient à remercier Geoffrey Montfort qui a répondu très rapidement à mes multiples questions.


Présentation globale :

Pouvez vous vous présentez et expliquer votre passion pour les Playmobil ?

Je m’appelle Geoffrey Montfort, j’ai 46 ans, je suis maquettiste accessoiriste et scénographe miniature professionnel. Je vis et travaille à Paris.

Lorsque j’étais enfant j’avais des Playmobil comme tout monde mais je me rappelle m’en être vite lassé, dès l’âge de 10 ans d’ailleurs. A l’époque les collections Playmobil étaient très limitées et en dehors des cow boys, pompiers, fermes et le moyen âge, il n’y avait pas grand chose !
Je n’ai réellement redécouvert cette marque qu’à l’âge adulte et tout a fait par hasard. En 2011 à l’occasion d’une brocante avec ma compagne j’ai acheté une figurine vintage toute bleue 20 centimes seulement et j’ai eu l’idée d’en faire un Superman. Cherchant à savoir si il existait des passionnés de Playmobil sur le net j’ai fais connaissance à l’époque avec une association du Val D’Oise qui organisait des rassemblement. J’ai participé alors à un première exposition avec eux dans une salle municipale en montrant quelques figurines « customisées » de ma création dans une petite vitrine.

Il faut préciser que je suis un passionné de cinéma (j’ai suivi un cursus en Art du Spectacle à la Sorbonne) et le Playmobil a pour moi tout de suite été un moyen d’expression visuelle cinématographique, et cela bien avant que la marque ne s’engage dans les licences !
Ainsi très vite je me suis mis à présenter des scènes géantes aussi appelées « dioramas » lors de bourses d’échanges, et cela à titre bénévole en tout cas de 2011 à 2013. A cette époque sous la bannière Famous Playmo qui n’est ni une entreprise ni une association. C’est à partir de 2014 que j’ai professionnalisé ce hobby pour le Playmobil, car il est arrivé un moment où mon stock de matériel devenait tellement conséquent et les demandes d’expositions privées et donc rémunérées étaient très nombreuses, (quasiment une exposition tous les mois de 2014 à 2019).

Pouvez-vous nous parler de votre collection ?

En 2014 donc je fonde la Manufacture Fantastique sous statut associatif et me permettant d’organiser des événements payants tout en recevant des subventions municipales. Avec la Manufacture, nous nous sommes spécialisés dans les thématiques anciennes avec des mises en
valeurs architecturales notamment pour les monuments historiques. Nous avons ainsi pu participer aux Journée Européennes du Patrimoine (JEP) dans des établissements et musées prestigieux.
Parmis les créations dont la Manufacture Fantastique est particulièrement fière, on peut compter une Notre Dame de Paris de 5 m de long (entre autre exposée au siège de Playmobil France en 2016), le
château de Pierrefonds et le Panthéon, également conçus en systèmes steck et systèmes X dans des proportions gigantesques (entre 5m et 6m au sol).

©Geoffrey Montfort

La fabrication de playmobil XXL (65 et 160 cm) est arrivée par la suite, vers 2017, et toujours inscrite dans cette volonté de reproduire des personnages de cinéma ou connus (Daft Punk, Michael Jackson, l’Abée Pierre, Sherlock Holmes, etc) ou même répondant à des demandes de clients. Au final plus de 200 personnages différents XXL ont été crées. Utilisant plusieurs techniques de customisation et à l’aide de procédés complexes de moulage, thermoformage de pvc et parfois mais rarement ajout de pièces imprimées en 3D.

Je ne me considère pas comme collectionneur de jouets Playmobil. C’est une marque que j’apprécie beaucoup, certes, mais cela reste un outil me permettant de mettre en images ma vision d’un film ou d’une scène historique.


Votre avis sur Playmobil :

Le système de construction Steck est pour moi celui qui reste le plus intéressant. Il est extrêmement polyvalent et permet une grande richesse de construction.
A l’origine ce système crée par Playmobil dès 1975 était destiné à la gamme Moyen Age (maisons à colombage, églises, château fort).
Le système X crée en 2001 est intéressant aussi, très différent dans sa conception et son utilisation (d’avantage destiné à créer des bâtiments modernes) mais on peut aussi avec ce système créer de belles constructions. La preuve étant notre Panthéon est entièrement conçu en Système X !
Après, tout le reste est une question de quantité de pièces à disposition. Plus vous possédez dans votre stock de pièces détachées (murs, jonctions plots et fixations) et plus vous pouvez créer des villes ou des bâtiments de taille gigantesques parfois atteignant les 3 m de haut (notre Tour Eiffel composée de soubassements coloniaux des années 80).

Système steck vs Système X

Pourquoi plus Playmobil que Lego ?

Comme quoi Lego n’a pas le monopole de la construction,et oui, on peut construire presque ce qu’on veut avec du Playmobil. Avec de l’imagination, de l’astuce et du matériel, tout est possible !

En ce qui concerne le Lego, je n’ai jamais aimé le manque de relief et le coté « faux » de cette marque. Trop de briques, trop de plots, tout cela manque de réalisme. Le rendu plus « lisse » du Playmobil, et donc plus réaliste à mes yeux, lui permet aussi d’être mixé sur certaines scénographies à des jouets d’autres marques et permet ainsi une plus grande compatibilité.
Alors que le Lego lui n’est compatible qu’avec du Lego ! Lol
.

Et que pensez vous de l’arrivée de licences chez Playmobil ?

Pour ce qui est des licences, j’ai été le premier en France dès 2011 a customiser des playmobil sur des thèmes de cinéma, donc, je pense qu’il était évident que Playmobil finirait par se jeter dans la brèche. En 1998, si Lego n’avait pas acheté la licence Star Wars, ils auraient coulé !

Ce sont les deux fondateurs allemands de Playmobil qui étaient farouchement opposés aux licences.
Au décès du dernier (en 2014 si je ne me trompe pas), les actionnaires ne se sont pas laissés prier très longtemps pour investir les licences.
Je reste par contre un peu plus circonspect sur les choix des thèmes achetés qui touchent plus une clientèle de quarantenaire que des enfants de 10 ans !
Ghostbusters, Retour vers le Futur, Star Trek, pourquoi pas, mais ce sont des licences qui ont plus de 40 ans ! Has been me direz vous ? Peut être !

Selon moi, Playmobil aurait gagné à investir sur des valeurs plus rentables mais aussi certainement plus coûteuses tels que Harry Potter, Star Wars ou encore Marvel ! Ce que Lego a fait.


La création :

Les deux premiers dioramas que j’ai conçu lorsque je me suis intéressé à la marque Playmobil étaient une scène tirée de l’Empire Contre Attaque et une autre de la Planète des Singes. C’était en 2011 et 2012. Ces deux scènes faisaient dans les 12m2 chacune.

Dans l’exemple de la scène Star Wars, j’avais un peu triché, car à cette époque je ne disposais alors que de peu de matériel Playmobil, et seuls tous les personnages de la scène (troupes rebelles, héros, stormtroopers, etc,,,) étaient des playmobils customisés, ainsi que quelques créatures (des dinosaures playmobil modifiés!), mais aussi des rochers de glaces de la gamme pôle nord. Bien évidement tous les vaisseaux spatiaux provenaient de la collection Hasbro/Kenner (marque d’origine des jouets Star Wars), puisqu’il était impossible de les fabriquer à partir de jouets Playmobil.

A l’époque, on m’avait beaucoup reproché ce mélange des genres, mais encore une fois, je suis scénographe miniature et pas un ambassadeur de la marque Playmobil ! A partir du moment où la compatibilité visuelle est en accord avec l’ensemble du décor, je ne vois pas le problème.
Pour la Planète des Singes par contre, 90 % de l’ensemble du diorama était composé de Playmobil.
Les figurines de singes étaient customisées entièrement à partir de différents éléments playmobil.
La ville des singes a été mise en place à partir de différentes collections (safari, igloo, romains, rochers, etc,,,). Les humains « sauvages » étaient les personnages de la série préhistoire.

Je fais rarement de « plans » sur papier pour la conception d’un diorama. Tout est visualisé dans ma tête (lol!) à partir du stock dont je dispose et lorsqu’il manque certains éléments, je note juste qu’il va falloir acheter telle maison, tel arbre, ou tel accessoire qui seront par la suite nécessaire dans telle partie de la scène.
J’ai fais parfois quelques exceptions à cette règle, notamment pour le contrat que nous avions remporté pour le parc de loisirs miniatures Mini World de Lyon.
La complexité des scènes demandées et la mise en place qui devait vraiment être impeccable (les scènes sont restées exposées au public 6 mois sur place) avait nécessité des plans de mise en scènes.
Pour info, six scènes géantes de 12m2 chacune inspirées de films très connus ont été exposées dans ce parc : Ghostbusters (2 mois avant la sortie de la licence Playmobil), La Reine des Neiges, Star Wars, Gotham City, la Planète des Singes et les Aventuriers de l’Arche Perdue.

D’autres projets ?

En parallèle de cette activité de dioramiste je suis concepteur de jouets inédits en édition limitée et aussi créateurs de répliques de cinéma taille réelle.
J’ai aussi écrit et publié de nombreux ouvrages consacrés aux jouets de collection et à la pop culture cinématographique américaine. Deux livres sont d’ailleurs consacrés aux Playmobils (My Playmobil Worlds Volume 1 – Volume 2).

En projets futurs je travaille sur un concept de bande dessinée totalement inédite dans sa forme et son style, mais je ne peux encore en parler !


Merci beaucoup à Geoffrey Montfort d’avoir répondu à questions et d’avoir permis d’agrémenter cet article de photographies illustratrices.

À bientôt !

Image : ©Geoffrey Montfort

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